96 HEURES QUI DERAILLENT

festivités, manifestations, débats, concerts en soutien aux inculpés de l'antiterrorisme

15 juillet 2009

DIMANCHE 19 15H AG A LA PAROLE ERRANTE

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SUR MEDIAPART

 médiapart :

Joachim Gatti, victime du flash-ball à Montreuil: «Il me reste un œil et avec lui une haine sourde»

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Des affrontements ont eu lieu avec les forces de l'ordre, lundi 13 juillet au soir à Montreuil-sous-Bois, lors d'une manifestation ayant réuni des centaines de personnes, de tout âge et tout horizon, contre les violences policières et l'expulsion de l'ancienne clinique occupée. Plusieurs participants ont été gardés à vue, dont un journaliste stagiaire du Monde qui couvrait l'événement, rapporte le quotidien.

Durant la manifestation du 13 juillet © Carine Foutea

Le 8 juillet dernier, après l'évacuation de cette ancienne clinique, les policiers ont fait usage de flash-ball,

touchant en plein visage Joachim Gatti. Ce réalisateur de 34 ans a perdu un œil.

Lundi en fin de journée, lors du rassemblement, un de ses amis a lu le texte qu'il avait préparé:


   

 

© Mediapart

           

(Cliquer sur la flèche pour entendre l'intervention)

 

Mardi matin, Dominique Voynet, maire de Montreuil-sous-Bois, s'est élevée contre l'intervention des forces de l'ordre la veille pour disperser la manifestation. L'ancienne dirigeante des Verts a estimé sur France Info qu'il s'agissait d'une «démonstration de force totalement inutile qui a généré à son tour le désordre» à la suite d'un ordre qui venait selon elle probablement «d'en haut». La «manifestation dans laquelle la tension était palpable, dans laquelle aucune violence n'a été commise, a été dissoute assez violemment par les forces de l'ordre», a-t-elle déploré.

 

Joachim Gatti n'est pas la première personne à être blessée par un tir de lanceur de balles de défense, plus connu sous le nom de Flash-ball, une marque déposée.

«Mettre hors combat»

Cette arme à «létalité atténuée», inventée et fabriquée par Verney-Carron, lance des projectiles qui ne sont pas destinés à tuer la cible, mais à la mettre «hors combat». Les munitions les plus fréquentes sont des balles en caoutchouc qui répartissent leur puissance «sur une surface de 35cm2» à l'impact, provoquant «le même effet qu'un coup de poing d'un champion de boxe», détaille le fabricant. Mais le même lanceur peut envoyer avec la même violence d'impact des balles lacrymogènes et des balles colorantes, servant à marquer leur cible.

Lorsqu'il était ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy avait appuyé le développement de l'arsenal dit «non létal» des forces de l'ordre, car, si «la police doit rester républicaine, ce n’est pas la condamner à l’inefficacité». Avec les armes «à létalité atténuée», «dissuasives» mais «pas mortelles», la sémantique fit passer l'idée que le maintien de l'ordre pouvait être respecteux de la vie et de la dignité des personnes.

 

Le modèle Flash-ball Super-pro dont est munie la police

 

Or, si les projectiles sont étudiés «pour éviter, même à très courte distance, la pénétration sur un individu normalement vêtu», ils peuvent néanmoins provoquer des lésions irréversibles selon l'usage qui en est fait. En effet, comme tout projectile, si la balle atteint une zone sensible du corps, la blessure peut être bien plus grave qu'un hématome. On peut ainsi affirmer – sans que nous ayons connaissance de tous les cas de mutilations ou de séquelles irréversibles dues au Flash-ball – que près d'une dizaine de personnes ont perdu un œil en France depuis quatre ans.

Les projectiles du lanceur Flash-ball

Dans les Yvelines, en Seine-Saint-Denis...

Mercredi 6 juillet 2005, un garçon de 14 ans habitant aux Mureaux (Yvelines) perd un œil alors qu'il jouait aux alentours d'un immeuble voué à la démolition où la police intervenait pour en déloger des occupants. Sékou descendait par un balcon du premier étage et s'est retrouvé nez à nez avec un policier armé qui a «paniqué». «Sekou n’avait aucun bâton, ni barre de fer et n’était pas menaçant. Il a levé les mains. Le policier en tenue a mis un pied en avant puis un autre en arrière et s’est mis en position de tir en pointant Sekou avec son arme sans l’avertir. J’ai entendu la détonation et Sekou est tombé face contre terre en se tenant la tête dans les mains. Il ne bougeait plus. Un policier en civil s’est approché et lui a mis des coups de tonfa sur les jambes et dans les côtes et l’a menotté», raconte un animateur du centre social de la Vigne Blanche qui a assisté à la scène.

En octobre 2006, c'est un adolescent de 16 ans qui perd un œil, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), dans des circonstances troubles. Accusé d'avoir participé à l'édification d'une barricade et d'avoir lancé des projectiles sur des policiers, il est interpellé dans une rue adjacente près du lieu des affrontements, gravement blessé.

A Nantes, en novembre 2007, lors du mouvement contre la réforme sur l'autonomie des universités, un lycéen de 17 ans participant à une manifestation devant le rectorat est atteint «par un tir de Flash-ball dont il affirme qu’il a été tiré par le policier cagoulé avec son Flash-ball jaune», apprend-on sur le site du collectif de vigilance qui s'est formé à cette occasion. Ce «Flash-ball jaune» n'est autre que le nouveau lanceur de balle de défense «LBD 40», plus puissant et précis que le modèle Super-pro utilisé depuis 1999. Fin 2007, il était encore en cours d'expérimentation.

 

Le lanceur de balles de défense 40

 

C'est au lendemain des émeutes qui ont eu lieu en fin d'année 2007 à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) que la direction de l'administration de la police nationale (DAPN) a décidé de mettre à disposition des forces de l'ordre de nouveaux moyens. Outre les lunettes pour se protéger des jets de pierre et les boucliers résistant aux tirs de chevrotines, la DAPN promet qu' «une nouvelle génération de Flash-ball 'lanceur 40' (calibre 40 mm) va leur être fournie» au cours de l'année 2008, passant d'une portée de 10 à 50 mètres.

Il a fallu l'accident de Nantes pour que la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) soit saisie par le sénateur de Loire-Atlantique François Autain en janvier 2008, et rende un avis critique sur la façon dont la police a mené son intervention. Elle recommande aussi une meilleure formation des agents amenés à manier ce lanceur de balles. «Si les projectiles lancés par le LBD ont été choisis pour leur capacité de déformation à l’impact limitant le risque de pénétration dans un corps vivant, ils peuvent avoir des conséquences dramatiques lorsque la partie corporelle atteinte est, comme en l’espèce, le visage et plus précisément les yeux. En outre, un tir à faible distance (à moins de 10-15 mètres) accroît considérablement les risques», note la CNDS.

Le 19 mars, lors de la journée de mobilisation interprofessionnelle, un étudiant de 25 ans perd lui aussi un œil lors d'une action de réquisition de nourriture dans un supermarché. Réagissant à de récentes histoires similaires à celle de leur fils, les parents du jeune Nantais s'interrogent dans un communiqué daté du 12 mai sur le caractère intentionnel de ces mutilations : «Le fait que deux jeunes habitants de Villiers-le-Bel aient pu être tous les deux blessés à l'œil simultanément samedi dernier 9 mai, par des policiers, conduit évidemment à s'interroger sur la possibilité de visées intentionnelles au visage ou même précisément aux yeux.» Regrettant que le débat relatif aux armes à létalité réduite soit «encore placé au second plan dans le débat public», ils regrettent que les enquêtes ouvertes «n'aient aucunement dissuadé la police d'utiliser de tels armements sans discernement».

«Pas de tir au-dessus de la ceinture»

En effet, les blessures irréversibles dues à des tirs de Flash-ball ne cessent pas. Depuis le mois de mai, trois personnes ont perdu un œil dans ces circonstances, et plusieurs usages abusifs du lanceur de balles de défense sont signalés. Le 15 avril, à Argenteuil, un policier tire à bout portant dans le ventre d'un automobiliste qui cherchait à se soustraire à un contrôle.

Un policier tire à bout portant dans le ventre d'un conducteur à Argenteuil, 15 avril 2009 (vidéo sur Bakshih.com)

Autres séquelles recensées par la victime: des nausées, des vertiges, des sifflements. Ainsi, Samir, 18 ans, touché à l'oreille par le tir d'un agent de la brigade anti-criminalité à Neuilly-sur-Marne. Souvent, un nez brisé et plusieurs hématomes accompagnent un tir en pleine tête.

Pourtant, les règles sont claires: pas de tir au-dessus de la ceinture et à moins de 7 mètres. Mais une énième mutilation le 9 mai 2009 à Villiers-le-Bel où deux hommes perdirent un œil poussa le responsable de la direction centrale de la sécurité publique, Eric Le Douaron, à rappeler à l'ordre les forces de l'ordre en faisant circuler une note à ses directeurs départementaux afin qu'ils rappellent les principes de l'usage du Flash-ball et les fassent appliquer.

Une mise au point dont les policiers intervenus le 8 juillet à Montreuil – et qui touchèrent cinq personnes au-dessus de la poitrine – n'ont, semble-t-il, pas fait grand cas.

Ce n'est pas la première fois que la police de Montreuil s'illustre par la brutalité de ses pratiques. La CNDS avait dénoncé «un usage de la force disproportionné» et «des blessures injustifiées» à l'encontre de manifestants qui protestaient contre l'arrestation d'un sans-papiers, devant le commissariat local, le 4 juin 2008. Au cours de la charge, l'un des participants avait d'ailleurs reçu un tir de Flash-ball à bout portant dans les testicules.

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11 juillet 2009

À Montreuil, la police vise les manifestants à la tête

Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d'Italie, avait pris la forme d'un "centro sociale" à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas... Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L'évacuation s'est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d'une heure. En traversant le marché le matin, j'avais remarqué leurs airs affairés et diligents.
Ceux qui s'étaient attaché à cette expérience et les résidents ont décidé pour protester contre l'expulsion d'organiser une gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.
Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d'être jetés dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l'espace. Des images du front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d'Espagne se superposaient à cette fête parce que parfois les images font école. J'ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.
A quelques mètres de là, c'était le dernier jour dans les locaux de la Parole errante à la Maison de l'arbre rue François Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire, L'appel des Appels, des lectures, des présentations de livres... Ce jour-là, on fermait l'exposition avec une pièce d'Armand Gatti « L'homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d'un militant chinois s'y confrontent : celle de la femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades...
C'était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux de Mai. D'un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher... ils sont repartis. On m'a appelé. Joachim est à l'hôpital à l'hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n'avait pas perdu conscience. Son visage était couvert de sang qui s'écoulait lentement comme s'il était devenu poreux. Dans un coin, l'interne de service m'a dit qu'il y avait peu de chance qu'il retrouve l'usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce que je l'apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée...
Entre ces deux moments; celui où je l'ai quitté à la fête aux gnocchi et l'hôtel Dieu que s'était-il passé ? Il raconte : Il y a eu des feux d'artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball.
A ce moment-là je marchais et j'ai regardé en direction des policiers. J'ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l'impact je suis tombé au sol. Des personnes m'ont aidé à me relever et m'ont soutenu jusqu'à ce que je m'assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l'intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés.
Il n'y a pas eu d'affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n'étaient une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images comme en témoigne le communiqué de l'AFP.
Un jeune homme d'une vingtaine d'années, qui occupait, avec d'autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d'un groupe d'une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d'une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s'étaient heurtés aux forces de l'ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l'évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l'œil puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n'avait toutefois pas donné de précision sur l'état de gravité de la blessure."Nous avons bien eu connaissance qu'un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n'y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l'œil et le tir de flashball", a déclaré vendredi la préfecture à l'AFP.
La police tire sur l'image d'un jeune de 20 ans qui essayent de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c'est le premier scandale.
Faut-il rétablir la vérité sur l'identité de Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s'il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ?
Joachim n'a pas 20 ans mais 34 ans.
Il n'habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique
Il est cameraman
Il fabrique des expositions et réalise des films.
Le premier film qu'il a réalisé s'appelle « Magume ». Il l'a réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd'hui, il participe à la réalisation d' un projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.
On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l'AFP en leur réclamant de le publier. Il serait écrit :
Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu'il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière.

Stéphane Gatti

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10 juillet 2009

ON NE REND PAS LES COUPS (article de Benjamin l'épicier)

"(...) "Il y en a, a-t-il rajouté, qui ont choisi de porter des capuches et des tee-shirts "nique la France", d'autres qui ont choisi de porter l'uniforme, de défendre les valeurs de la République". "Les faits sont extrêmement graves mais dans leur démonstration ils sont extrêmement simples", a estimé le procureur, réfutant les critiques sur l'insuffisance des charges dans un dossier sans preuves matérielles, construit en large partie sur les dénonciations réciproques entre suspects."

(Propos du procureur lors du procès de 10 présumés émeutiers de Villiers-le-Bel retranscrits dans un article du Monde du 4 juillet).

Le premier acte de la grand messe cathartique qui tiendra lieu de procès aux émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007, vient d’avoir lieu.

Les procès des émeutes urbaines doivent être exemplaires. Les « évènements » de Villiers-le-Bel comme de Clichy-sous-Bois sont des exemples pour la jeunesse des banlieues et bien au-delà. Il faut en étouffer la portée.

Faire bien comprendre à tout le monde qu'en République non plus on ne peut pas rendre les coups.

Un procès exemplaire.

Celui qui vient de se dérouler, les 3 et 4 juillet au Tribunal de Pontoise n'est qu'une mise en bouche. Il ne s'agit encore que de cailloux et de bouteilles lancées sur les unités anti-émeutes durant les deux soirées d'affrontements qui ont suivi la mort de Lakhami et Moushin (13 et 14 ans) dans une collision troublante avec une voiture de police.

On prépare le clou du spectacle pour l'automne.

On fera alors le procès, aux assises, de cinq jeunes hommes accusés d'avoir utilisé des armes à feu contre les policiers anti-émeutes.

"Une centaine de policiers blessés" selon la préfecture de police.

Et plus de soixante-dix agents des forces de l'ordre en partie civile contre les cinq de Villiers. Ce procès comme souvent dans ce genre de contexte n'est pas celui des faits.

Personne n'est en mesure d'établir qui tenait les armes à feu au cours des évènements. Personne.

Les cinq jeunes hommes, dont quatre sont toujours en détention préventive (depuis février 2008) ont été appréhendés puis incarcérés sur la base de témoignages sous-x, plusieurs semaines après les faits. Ces témoignages sous-x la police les a obtenus après plusieurs semaines d'enquête infructueuse. Après aussi la grande perquisition-spectacle qui avait vu le quartier encerclé à l'aube par plus de 1200 policiers en armes, et 35 arrestations télévisées, qui n'avaient rien donné ou presque. Elle les a obtenus en distribuant, dans chaque boîte aux lettres du quartier, des appels à délation assortis de la promesse d’une protection à témoin sous-x et d'une "forte récompense" (on imagine aisément le type de règlements de comptes que cela peut susciter, la police n'a d'ailleurs plus réitéré l'expérience des "récompenses" depuis...).

Hors ces témoignages sous-x rien ne vient étayer la pertinence de cette liste de noms. Elle va pourtant servir à une des grandes mise en scène judiciaire de la Sarkosie.

 

Ce dont on va faire le procès d’ici à la fin de cette année, c'est bien donc de la possibilité même de rendre les coups. Car entendons nous bien, une nuit d'émeute d'une telle intensité ne répond pas seulement à la mort de deux jeunes adolescents. Elle répond à des années de gestion néo-coloniale de certains quartiers, aux brimades, aux contrôles quotidiens, aux gardes à vue abusives, aux blessures, aux abattages aléatoires...

En 2005, l'actuel président a multiplié des appels à la guerre à peine voilés.

Il a placé la relation des autorités aux jeunesses des quartiers populaires sur le plan de la guerre.

Il a doté la police de moyens pour mener une telle guerre (équipements de corps, flash-ball, tazers, drones, hélicoptères et véhicules équipés d'halogènes tournants). Les policiers ont été systématiquement galvanisés en ce sens, tant par sa gestuelle hystérique à lui que par les grimaces autoritaires d'une MAM, qui n’a cessé de leur envoyer des fleurs pour flatter leur "professionnalisme".

La doctrine Sarkozy a définitivement fait de la police et de la gendarmerie un parti. Son parti. Restructurations, remontrances et mots doux y prennent les mêmes traits que dans sa relation à son autre parti, et la même efficacité.

Ce procès à venir, c'est la tête du jeune-rebelle-de-banlieue-inconnu apportée sur un plateau aux syndicats de police qui réclament vengeance ET impunité.

La punition "exemplaire" qu'on demandera à la magistrature d'énoncer, dira aussi à tous:

"On ne rend pas les coups!"

Les évènements de Villiers-le-Bel, comme ceux de Clichy-sous-Bois valent au delà d'eux mêmes, ils sont chargés de sens, pour le pouvoir, pour la police, pour les jeunes des quartiers populaires mais aussi pour l'ensemble de la jeunesse de ce pays qui, de diverses manières, a pris en pleine gueule la gouvernance Sarkozy (qui n’a sans doute de nouveau que le style et le franc-parler). Celle-là même qui l'a officiellement désignée comme figure potentielle de l'ennemi. Clichy-sous-Bois avait résonné partout et longtemps, jusqu’au cœur des manifestations anti-CPE, Villiers-le-Bel n’a pas fini de résonner, malgré les procès et les diatribes du parti de l’ordre.

La question qui se pose à nous, public récalcitrant, n'est pas tant de oui ou non soutenir tel ou tel acte, ni de savoir si ce sont ou non des "innocents" qui vont être jugés, elle est de reconnaître que ces évènements se situent dans le cours d'une guerre ouverte, déclarée par le gouvernement lui même. Elle est de refuser ou non de baisser la tête au moment où on s'apprête à en pendre quelques-uns, pour l'exemple.

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23 juin 2009

pas de poursuites!

la dernière personne arrêtée à la manif du 21 juin et qui a été déférée devant le parquet cette après-midi a été relaxée sans aucune poursuite

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Des nouvelles des arrestations du 21 juin

sur les 6 personnes arrêtées hier:

-5 relâchées, sans poursuites, mais avec possibilité d'être reconvoquées durant les six prochains mois si de nouveaux éléments dans l'enquête pouvaient les mettre en cause
- un rappel à la loi pour l'une d'entre elles.

- la dernière personne devrait être déférée devant le parque demain

un appel est lancé pour se rassembler au palais de justice, à priori à 9h30
plus de précisions à venir...

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COMMUNIQUÉ

COMMUNIQUÉ du 21 juin

 

Ce jour, au lendemain de la publication officielle du décret anti-cagoule, plusieurs centaines d’invisibles se sont rassemblés à la fontaine des Innocents, à Paris. Un cortège riche des masques les plus variés marchant au rythme tenu de percussions artisanales s’est ébranlé en direction de la Bastille. Il a rencontré sur son chemin le siège de l’Administration Pénitentiaire.

 

Répondant à la double provocation que constituent l’immense banderole "Tour de France cycliste de la Pénitentiaire" et l’existence même de ce bâtiment, bloqués par les CRS à ce stade précoce de leur parcours, surveillés par un hélicoptère, les manifestants ont trouvé bon de marquer la façade de quelques signes explicites de leur passage : vitrines brisées, tirs de mortier, fumigènes, etc.

 

Conformément à la stratégie manifeste de la police, ils ont été chargés, gazés, refoulés.

 

Quelques contre charges plus tard, le quartier étant quadrillé, les manifestants se dispersent dans la foule. Au moins six personnes ont été interpellées, les unes de façon politiquement ciblées, les autres de façon opportune. Un gradé ramassant des fumigènes, a été entendu fragnolant au téléphone : "C’est bon. On a de quoi faire un truc pas mal. On a des fumigènes, un outrage, des débris. C’est vraiment pas mal."

 

Nous restons curieux des suites policiaro-judiciaires qui seront données aux faits de ce jour. Nous sommes plus déterminés que jamais. Le bal continue. Les masques vaincront.

 

Des comités de soutien aux inculpés de l’antiterrorisme, et d’ailleurs.

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22 juin 2009

Deux ou trois choses... une lettre ouverte d'Yldune

C'est un homme, dans un bureau, comme tant d'autres hommes dans tant d'autres bureaux auxquels il ressemble sans ressembler à rien. Celui-là dispose d'un pouvoir spécial, certainement dû au fait que son bureau occupe le dernier étage d'une quelconque tour d'un palais de justice.

On dit qu'il instruit, qui ? quoi ? Il instruit. Il écroue. Il interroge. Il rend des ordonnances, de pâles ordonnances, où quelques articles de loi, une poignée de formules convenues et de considérations vagues se concluent par d'impénétrables mesures de contrôle judiciaire. Benjamin, certainement trop apprécié comme épicier à Tarnac, sera assigné à résidence chez sa mère en Normandie, où il n'a jamais vécu, à 30 ans. Manon et moi, qui partagions tout à Fleury, n'avons plus le droit de nous voir maintenant que nous sommes "libres". Julien peut se mouvoir dans toute la couronne parisienne, non traverser Paris, au cas où lui viendrait la tentation de prendre d'assaut l'Hôtel de Ville, sans doute.

Tel ami qui le visitait au parloir de la Santé doit se garder de le croiser désormais, sous peine de réincarcération. L'homme au bureau construit un dédale de murs invisibles, un labyrinthe d'impossibilités factices où nous sommes censés nous perdre, et perdre la raison. Il y a un ordre dans cet écheveau d'absurdités, une politique de désorientation sous les accents neutres du judiciaire.

On nous libère en prétextant qu'il n'y a pas de "risque de concertation frauduleuse" pour ensuite nous interdire de nous voir et nous exiler ici ou là, loin de Tarnac. On autorise un mariage tout en en faisant savamment fuiter le lieu et la date. On fragnole (1), à coup sûr, mais pas seulement.

C'est par ses incohérences qu'un ordre révèle sa logique. Le but de cette procédure n'est pas de nous amener à la fin à un procès, mais, ici et maintenant, et pour le temps qu'il faudra, de tenir un certain nombre de vies sous contrôle. De pouvoir déployer contre nous, à tout instant, tous les moyens exorbitants de l'antiterrorisme pour nous détruire, chacun et tous ensemble, en nous séparant, en nous assignant, en starifiant l'un, en faisant parler l'autre, en tentant de pulvériser cette vie commune où gît toute puissance.

La procédure en cours ne produit qu'incidemment des actes judiciaires, elle autorise d'abord à briser des liens, des amitiés, à défaire, à piétiner, à supplicier non des corps, mais ce qui les fait tenir : l'ensemble des relations qui nous constituent, relations à des êtres chers, à un territoire, à une façon de vivre, d'oeuvrer, de chanter. C'est un massacre dans l'ordre de l'impalpable. Ce à quoi s'attaque la justice ne fera la "une" d'aucun journal télévisé : la douleur de la séparation engendre des cris, non des images. Avoir "désorganisé le groupe", comme dit le juge, ou "démantelé une structure anarcho-autonome clandestine", comme dit la sous-direction antiterroriste, c'est dans ces termes que se congratulent les tristes fonctionnaires de la répression, grises Pénélope qui défont le jour les entités qu'ils cauchemardent la nuit.

Poursuivis comme terroristes pour détention de fumigènes artisanaux au départ d'une manifestation, Ivan et Bruno ont préféré, après quatre mois de prison, la cavale à une existence sous contrôle judiciaire. Nous acculer à la clandestinité pour simplement pouvoir serrer dans nos bras ceux que nous aimons serait un effet non fortuit de la manoeuvre en cours.

Ladite "affaire de Tarnac", l'actuelle chasse à l'autonome ne méritent pas que l'on s'y attarde, sinon comme machine de vision. On s'indigne, en règle générale, de ce que l'on ne veut pas voir. Mais ici pas plus qu'ailleurs il n'y a lieu de s'indigner. Car c'est la logique d'un monde qui s'y révèle. A cette lumière, l'état de séparation scrupuleuse qui règne de nos jours, où le voisin ignore le voisin, où le collègue se défie du collègue, où chacun est affairé à tromper l'autre, à s'en croire le vainqueur, où nous échappe tant l'origine de ce que nous mangeons, que la fonction des faussetés, dont les médias pourvoient la conversation du jour, n'est pas le résultat d'une obscure décadence, mais l'objet d'une police constante.

Elle éclaire jusqu'à la rage d'occupation policière dont le pouvoir submerge les quartiers populaires. On envoie les unités territoriales de quartier (UTEQ) quadriller les cités ; depuis le 11 novembre 2008, les gendarmes se répandent en contrôles incessants sur le plateau de Millevaches. On escompte qu'avec le temps la population finira par rejeter ces "jeunes" comme s'ils étaient la cause de ce désagrément. L'appareil d'Etat dans tous ses organes se dévoile peu à peu comme une monstrueuse formation de ressentiment, d'un ressentiment tantôt brutal, tantôt ultrasophistiqué, contre toute existence collective, contre cette vitalité populaire qui, de toutes parts, le déborde, lui échappe et dans quoi il ne cesse de voir une menace caractérisée, là où elle ne voit en lui qu'un obstacle absurde, et absurdement mauvais.

Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des "associations de malfaiteurs", voter des "lois anti-bandes", greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu'individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l'on s'y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n'auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l'impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l'amour et l'amitié. C'est une infirmité constitutive du pouvoir que d'ignorer la joie d'avoir des camarades. Comment un homme dans l'Etat pourrait-il comprendre qu'il n'y a rien de moins désirable, pour moi, que d'être la femme d'un chef ?

Face à l'état démantelé du présent, face à la politique étatique, je n'arrive à songer, dans les quartiers, dans les usines, dans les écoles, les hôpitaux ou les campagnes, qu'à une politique qui reparte des liens, les densifie, les peuple et nous mène hors du cercle clos où nos vies se consument. Certains se retrouveront à la fontaine des Innocents à Paris, ce dimanche 21 juin, à 15 heures. Toutes les occasions sont bonnes pour reprendre la rue, même la Fête de la musique.

(1) Il manque assurément au vocabulaire français un verbe pour désigner la passion que met un assis à rendre, par mille manœuvres minuscules, la vie impossible aux autres. Je propose d'ajouter pour combler cette lacune à l'édition 2011 du Petit Robert le verbe "fragnoler" d'où découlent probablement le substantif "fragnolage", l'adjectif "fragnolesque" et l'expression argotique "T'es fragno !" dont l'usage est attesté et ne cesse de se répandre.

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04 juin 2009

APPEL A LA MANIF DU 21 JUIN

Invitation du comité de soutien aux inculpés de Tarnac.

Aux autres luttes.

le_nouvel_oculus_copieOn se bat aujourd'hui, comme hier, comme avant-hier, comme toujours, des hommes et des femmes se battent, pour leurs droits, pour garder leur emploi, pour travailler moins ou moins durement, pour des salaires moins rachitiques; partout on se bat pour la liberté, pour son hôpital ou contre la prison, pour trois sous, pour des médicaments, pour l'honneur, pour les allocations, on se bat pour ses amis, sa soeur, son père, son frère ou sa mère, pour sauver la recherche, pour l'idée qu'on se fait de l'éducation ou de la psychiatrie; pour plus d'avantages, pour moins de soucis, on se bat pour sa survie, on se bat parce qu'on ne veut pas crever ou parce que l'on crève de rage, ou bien encore parce que le mépris des gouvernants et des patrons, des juges et des contrôleurs sociaux, des cabinets d'études, des experts, des connards patentés et de ceux qui vous expliquent qu'il faut patienter encore, encaisser un petit peu plus, sous peine de payer de sa peau – parce que le mépris qu'on nous oppose est si évident et si insolent, on se bat aussi sans savoir bien pourquoi mais parce que ça vous tombe dessus; partout, toujours, on se bat. Les raisons ne sont pas à discuter, la force qui les habite se charge de leur donner raison.

Mais à coup sûr on se bat aujourd'hui avec plus de sérieux qu'hier, avec plus de sérieux qu'il y a dix ans, on se bat avec plus de sérieux qu'on ne l'avait fait depuis longtemps. On n'est moins prêts à se faire virer, massacrer ou affamer sans conséquence. Quand une délocalisation comme il y en a tant entraine la destruction d'une préfecture (Continental), quand les employés d'ErDF et de GrDF rappellent par les faits qu'être employé dans les secteurs de l'énergie c'est aussi être en mesure d'éteindre la machine, quand on sort le canon pour garder son hôpital (Carhaix), voilà qui est sérieux, voilà qui a le mérite de rappeler que l'histoire est une puissance dont les hommes peuvent à chaque instant se ressaisir, au grand dam de ceux qui en sont, temporairement, les vainqueurs.

A ce sérieux du peuple, et comme en miroir, répond le mépris des gouvernants et des gestionnaires, leur mépris sans limite, et ceci est leur forme de sérieux propre, c'est le sérieux des gouvernants. A ce sérieux du peuple, à ce sérieux qui est plein d'histoire, qui est plein de l'histoire du peuple, à ce sérieux qui est le retour de l'histoire, les gouvernants opposent leurs airs de bouffons grimaçants, leurs airs de courges satisfaites à Saint Tropez, la nouvelle petite Marie-Antoinette présente son caniche à la presse, on organise comme de rien des sommets sur l'immigration, à Vichy bien sûr. Mais cela n'est pas tout. Il faut au sérieux vacillant de nos petits maîtres une quille, comme en ont les bateaux, une quille pour ne pas basculer trop fort, à la première vague. Et cette quille, c'est la peur.

Au fait tout simple, au fait très élémentaire, et de toujours, que des hommes et des femmes se battent, on invente des noms de croquemitaine. C'est ainsi qu'on produit sur la scène médiatique les « casseurs », les « bandes » et les « terroristes », les « jeunes des cités » ou les « clandestins », comme on présentait jadis les « sorcières » au public avant de les brûler. Par un usage savant et crapuleux des nomenclatures, le journal de 20h et les discours des ministres ont rebaptisé, pour les lui rendre étrangères et odieuses, des techniques de lutte qui ont toujours appartenu au peuple, et notamment au mouvement ouvrier : il est devenu banal d'appeler une simple grève une « prise d'otages », on a même essayé récemment de qualifier un sabotage sans danger « d'attentat terrroriste ». Contre les sorcières, c'est bien connu, tout est permis. La prison bien sûr, avec ou sans procès, les contrôles judiciaires exorbitants, qui fixent les lieux d'habitation et les trajets autorisés, interdisent à l'ami de voir l'ami, au frère de voir la soeur ; et, quand «l'ennemi intérieur» est suffisamment avéré, par sa mauvaise naissance par exemple, les vexations infinies, les attaques de la police, à l'occasion le massacre.
Tout ceci, les dénonciations publiques, les fabriques d'épouvantails, les dispositions pénales et militaires, visent d'abord à défaire les liens, les liens non-neutres, qu'il y a entre les êtres, les liens politiques. Les liens ne cessent pas quand on le leur demande, ils ne connaissent pas de Grenelle, l'amitié est la chair du politique – ou bien le politique est une insanité.
Evidemment, nous avons besoin de bien plus qu'une manifestation, il nous faut des liens plus durables et plus joyeux, à la mesure du sérieux de la situation. Mais cette manifestation-là pourrait être une première rencontre, c'est notre invitation. Faites comme chez vous.

Rendez-vous le 21 juin, à Paris, 15h, fontaine des Innocents (M° Châtelet-les Halles).

appelmanif

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03 juin 2009

IF I CAN'T BREATHE, I DIE.

VIDEO SUR L'AFFAIRE
Elle fût projetée à un concert de soutien, depuis une seule chose a changé : la sortie de prison de Julien.
Les contrôles judiciaires sévissent toujours...

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30 mai 2009

LE VIEIL ARABE

Un vieil Arabe vit depuis plus de 40 ans prés de Tarnac en corrèze. Il aimerait bien planter des pommes de terre dans son jardin, mais il est tout seul, vieux et faible.

Il envoie alors un email à son fils qui étudie à Paris pour lui faire part de son problème.

Cher Ahmed,
Je suis très triste car je ne peux pas planter des pommes de terre dans mon jardin. Je suis sûr que si tu étais ici avec moi, tu aurais pu m'aider à retourner la terre.
Ton père qui t'aime.
Jamil.

Le lendemain, le vieil homme reçoit ce courriel :

Cher Père,
S'il te plaît, ne touche surtout pas au jardin! J'y ai caché ce que tu sais. Moi aussi je t'aime.
Ton fils Ahmed.   

À 4 heures du matin arrivent chez le vieillard, la Brigade Antiterroriste, le GIGN, les RG, le FBI, la CIA, les Experts et même Alliot Marie
Ils fouillent tout le jardin, millimètre par millimètre, et repartent bredouilles.    

Quelques heures plus tard, le vieil homme reçoit un nouveau courriel de son fils :   

Cher Père,
Je suis certain que la terre de tout le jardin est désormais retournée et que tu peux planter tes pommes de terre. Je ne pouvais pas faire mieux.
Ton fils qui t'aime,
Ahmed.

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Le comité pour l'abrogation des lois antiterroriste (Calas):

Un texte écrit à l'initiative d'Eric Hazan et co-signé par le syndicat de la Magistrature

POUR EN FINIR AVEC LES DERIVES AUTORITAIRES

Depuis 1986, date où la législation antiterroriste a été instaurée en
France, un empilement de lois successives a construit un système
pénal d'exception qui renoue avec les lois scélérates du XIXe siècle
et rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire.
L'accusation d' «association de malfaiteurs en vue de commettre une
infraction terroriste», inscrite au Code pénal en 1996, est la clef
de voûte du nouveau régime. Or, ses contours sont particulièrement
flous : il suffit de deux personnes pour constituer un «groupe
terroriste» et il suffit d'un acte préparatoire pour que l'infraction
soit caractérisée. Cet acte préparatoire n'est pas défini dans la
loi, il peut s'agir du simple fait d'entreposer des tracts chez soi.
Surtout, n'importe quel type de relation - même ténue ou lointaine,
voire amoureuse ou amicale - avec l'un des membres constituant le
«groupe» suffit pour être impliqué à son tour. C'est pourquoi, sur
dix personnes incarcérées pour des infractions «en rapport avec le
terrorisme», neuf le sont sous cette qualification.
Lire la suite sur :  http://www.liberation.fr/societe/0101570130-pour-en-finir-avec-les-derives-autoritaires

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28 mai 2009

Kubin___Famine

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LE PARQUET NE S'OPPOSERA PLUS A LA SORTIE DE JULIEN COUPAT

Julien sortira peut-être aujourd'hui !
Mais tous restent inculpés pour sabotages et sont sous le coup de la juridiction antiterroriste.
C'est pas fini !!!

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27 mai 2009

"la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage."

LE MONDE du 25 mai 2009
Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme" avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d'avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).

Comment vivez-vous votre détention ?

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu'en dites-vous?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au cœur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes"!

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et d'"ultragauche"?

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président.

Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé.

A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d'"anarcho-autonome" ou d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que tout justifie.

La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme?

Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – "terroristes" devenus l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli.

L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.

L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l'arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l'effort de guerre de la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d'autres encore la crédibilité qu'ils n'ont jamais eue et qu'ils n'auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un monde révolu. A l'heure de l'intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier "l'intellectuel", sinon l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Etes-vous l'auteur du livre L'insurrection qui vient ?

C'est l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L'insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L'insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique d'octobre 1917, puisqu'il est mentionné dans L'insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d'un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le soupçon de la coïncidence d'une pensée et d'une vie; ce qui fait l'association de malfaiteurs, c'est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l'héroïsme individuel, mais serait l'objet d'une attention commune. Négativement, cela signifie que l'on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l'injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de L'insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J'en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que l'on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c'est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s'avère, sous les dehors d'une "crise économique", d'un "effondrement de la confiance", d'un "rejet massif des classes dirigeantes", c'est bien la fin d'une civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l'ordre politique, la religion ou l'organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n'offrira de remède.

Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Vous lisez "Surveiller et punir" de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à cause d'eux.

Si l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

Toute l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l'administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de l'incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat français dispose plus fanatiquement qu'aucun autre en Europe autour du détenu n'est même pas scandaleux. L'Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n'est de toute évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N'importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n'importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il faut d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même, il n'est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l'esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu'il y a, c'est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d'un paradigme de gouvernement à un paradigme de l'habiter au prix d'une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s'instaurer, à l'échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d'une gestion "décomplexée", une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage.

Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

Holbein___Vanit_

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16 mai 2009

NUIT COMPLOTANTE AU VENT SE LEVE

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Une nuit entière ! Du samedi 23 au dimanche 24 mai au VENT SE LEVE 181, avenue Jean Jaurès, Paris 19è. M° Ourcq/Pte de Pantin, de 20h à 8h du matin

Dans le désordre, voici un aperçu des propositions d'interventions qui sont arrivées en nombre. Il s'agit à chaque fois de courtes formes, qui permettront, pourquoi pas de rebondir sur un des nombreux sujets que toute cette affaire réveille. Nous parlerons, nous en aurons enfin le temps, nous mangerons ensemble un mafé, et dégusterons les spécialités que chacun d'entre nous est invité à concocter pour cette occasion, nous lirons ensemble les livres que nous amènerons pour constituer dans la nuit une bibliothèque éphémère...

Sylvain Lemêtre ("Le corps à corps" d'Aperghis pour un percussionniste et son zarb), Le Bal Pourri, A Temps Trois, M. et Mme Jean/Matei Vishniek, Cécile Saint Paul, Gallina la Lupa, Morgen Naughties: Tam De Villiers/Karsten Hochkapfel/Sylvaine Hélary (trio guitare, violoncelle,flûte), Anne Gouraud(contrebasse), Julian Boutin/Fred Aurier (duos de violons),  Benjamin Duboc/Sylvain Guerineau (duo contrebasse-sax), Gaël Ascal,/Augusto Forti/Massimo Miola/Pascal van den Heuvel (contrebasse, clarinette, guitare, saxophone)...

 

copie_de_l_architecte    sortons de la cuve !

 

TELECHARGEZ TRACTS ET AFFICHES ET FAITES CIRCULER !!! :

4veillees (tracts) veillee_complotante (affichette)

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12 mai 2009

APPEL DE LA 5624e DEMANDE DE REMISE EN LIBERTE DE JULIEN COUPAT

PAS DE RASSEMBLEMENT AUJOURD'HUI !

faites_nous_confiance_REBNous n'appelons à aucun rassemblement, aujourd'hui, au palais de justice.

La coupe est pleine. Nous ne voyons pas d'intérêt évident à jouer aujourd'hui le rôle du choeur dans cette mauvaise pièce de boulevard, qui appartient un peu trop au genre « farce ».

Mr Fragnoli, juge d'instruction anti-terroriste, semble s'être assez assuré de la bonne tenue de cette bagatelle, en annonçant qu'il souhaitait entendre à nouveau Julien, sitôt après que son avocate avait déposée sa nouvelle demande de remise en liberté. Il n'y aura pas eu une étape, dans le versant judiciaire de cette oeuvre d'art totale, où les souffleurs – tantôt le Parquet, tantôt les ministères, de la Justice et de l'Intérieur, tantôt le juge d'instruction lui-même, sans parler des barbouzes faisant fuiter au bon moment tel ou tel morceau du dossier –  n'auront pas rappelé à chacun des acteurs le rôle qu'il était censé jouer.  On les comprend, il leur faut sauver et leur belle assurance, et le crédit de leur fonction.

D'ailleurs, Julien n'a pas demandé à être extrait, aujourd'hui. « Etre extrait » est un droit – celui d'aller en promenade assister au spectacle de gens sérieux prenant des décisions, dans des costumes extravagants, des décisions qui vous concernent – , et pour tout dire, le droit aussi d'être fouillé à nu plusieurs fois à l'aller comme au retour, de préférence dans les courants d'air, et non sans quelques humiliations physiques et verbales qui témoignent à chaque fois de la bonne santé de cet humour potache et bon enfant qui fait la fierté des administrations françaises. Puis, après s'être bien distrait de nomenclatures et de doctes propos, retourner dans sa cellule, réjoui comme un enfant s'en retournant du cirque. Multipliez cela par soixante mille existences à peu près, et vous aurez une idée de l'ambiance qui règne dans les coulisses de la « société française » – de ce qu'il faut pour que tintent joyeusement les tiroirs-caisses, de ce qu'il faut peut-être pour qu'arrive le courant jusqu'aux prises et l'eau dans les robinets.  De ce qu'il faut pour contenir et murer la colère, partout visible, et qui déjà grimpe aux arbres.

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03 mai 2009

CONCERT LE 7 MAI A LA COMETE 347

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flyers à télécharger :
4 sur un A4 :  4cometes
affiche en A4 : comete347
flyer A5 pour les mails : cometeA5

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SABOTAGE

8A Paris, une copine du comité de soutien a été arrêtée, en plein jour, M° Jourdain, mercredi après-midi à 15h, jour des enfants, jour de grande affluence dans ce quartier très commerçant :
“ A l'angle de la rue Jourdain et de l'avenue des Pyrénées, une voiture pile devant nous, une bande de types patibulaires surgit de tous les côtés, armes au poing. La fenêtre est ouverte et je vois un gros calibre s'approcher tout contre mon visage, je crois à une sorte de car-jacking sur-armé.

"les mains sur le tableau de bord", "on ne bouge plus... "sors de là", "les mains sur la voiture"... palpations, menottes, la conductrice est emmenée aussi sec dans le véhicule de devant, un des sales types armés prend le volant de la voiture et part avec. On enlève les menottes du passager: "toi tu peux y aller c'est après elle qu'on en a, et ne viens pas nous faire chier chez elle". (témoignage de Benjamin Rosoux qui l’accompagnait, à lire en entier ci-dessous)

Tessa est restée 76 heures en garde à vue, son appartement a été retourné, des livres des éditions La Fabrique, “Contribution à la guerre en cours” et “L’insurrection qui vient”, ont été saisis dans le coffre de la voiture.

Tessa a finalement été libérée vendredi, sans inculpation : on est tenté de se sentir soulagés. Pourtant cette garde à vue est un discours qui nous est bel et bien destiné, à nous tous, membres des comités de soutien :
- cette arrestation, demandée par le juge Fragnoli, intervient “dans le cadre de l’enquête en cours”
- il est reproché à Tessa d’avoir été en relation régulière avec des membres du “groupe de Tarnac” (ou, comme le dit Le Point, “les hommes de Tarnac”) et de leur avoir prêté sa voiture.

Nous sommes donc tous, membres des comités de soutien, susceptibles d’être arrêtés et placés en garde à vue, dans les mêmes conditions et pour les mêmes “raisons” :
- dans le cadre de l’enquête
- pour relations régulières avec des “membres du groupe de Tarnac”, prêt de matériel et de voiture

Nous, membres des comités de soutien, sommes des terroristes !!!
Nous nous réunissons ! Nous organisons des concerts ! Nous réfléchissons ! Des amitiés naissent ! Nous échangeons des livres et des idées ! Nous diffusons L'insurrection qui vient dans les concerts de soutien que nous organisons ! Nous prêtons nos voitures ! Nous écrivons des textes ! Nous parlons aux gens dans la rue ! Nous ne regardons pas la télévision !

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02 mai 2009

Tessa libérée

Tessa a été libérée, elle n'est pas poursuivie

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30 avril 2009

COMMUNIQUE DES COMITES DE SOUTIEN

 

38844321C’est raté. Nous n’avons pas eu peur des terroristes « anarcho-autonomes » tissant des réseaux internationaux. Cette irruption si brutale, si grossière, de la police politique nous a poussés à mettre des mots sur nos amertumes, à sortir de nos isolements.

 

Dès le lendemain des arrestations, les comités de soutien ont fleuri comme des crocus après le dégel. Sans concertation ni mot d’ordre, la contagion a opéré : concerts, débats, rencontres, soirées… Partout, le soutien a réuni des dizaines, des centaines de personnes.

 

C’est raté. C’était trop gros, peut-être. Personne n’a voulu croire que celles et ceux qu’on accusait d’avoir débranché des TGV étaient des brutes sanguinaires qui fomentaient de terribles attentats. L’affaire de Tarnac a été un déclic. Parce que nous avions oublié qu’on traitait ainsi les ennemi-e-s politiques, oublié que quelques intentions radicales pouvaient mener si officiellement dans vos geôles. Nous ne savions pas non plus que ce qui représente à vos yeux un si grand danger était isolable dans une fantasmatique mouvance. Nous avons senti, différemment, de maints endroits, épidermiquement, que quelque chose clochait. Et si ces arrestations mettent à jour une volonté de terroriser, elle ne vient pas des personnes inculpées. Il y a une étrange résonance, partout où nous évoquons l’affaire qui ici nous occupe.

 

Et nous sentons bien que le soutien, au moins autant que dans le nombre des signataires d’une pétition, est dans le regard amusé de la passante qui observe une altercation entre des policiers et un groupe de jeunes en souhaitant secrètement que ces derniers l’emportent, qu’il est dans l’œil espiègle de celui qui consulte au bureau un pamphlet antisocial caché dans un manuel de management, dans le geste discret de l’administratif dissimulant les pièces qui justifieraient une reconduite à la frontière, dans la détermination de celles et ceux qui séquestrent leurs patrons, qui pratiquent les réquisitions de biens, ou dans la tension qui monte désormais systématiquement à chaque fin de cortège. L’« affaire de Tarnac » est un prisme efficace pour lire l’époque et les luttes qui la traversent. On reconsidère avec moins d’indifférence les arrestations - plus discrètes - qui avaient précédé. On voit plus clairement à quoi servent les lois antiterroristes. Et à quoi sert le fichage, et ce qu’il en coûte de vouloir s’y soustraire, et ce qu’il en coûte d’accepter de s’y soumettre. Ce qui était diffus, dans l’air, s’est cristallisé là de telle manière qu’il est devenu très difficile de ne pas prendre parti.

 

On saisit mieux la nécessité pour un gouvernement, dans une époque si explosive, d’inventer la figure d’un ennemi intérieur. Et l’on devine en filigrane le cauchemar inavoué d’un système qui perd pied : celui dans lequel les citoyens d’hier arrêtent de jouer le jeu, se défient de l’ordre établi, et s’organisent en conséquence. Il y a finalement bien des légendes auxquelles, en chemin, nous avons cessé de croire. Comment, dès lors, ne pas se sentir proche d’insoumis-es qui ont pris au sérieux la nécessité de s’organiser collectivement ? Comment, dans cette époque où ce qui se partage le mieux est l’amertume et le sentiment de passer à côté de sa vie, ne pas ressentir une complicité avec celles et ceux qui ont cherché à s’extraire de la tristesse ambiante, et à lutter contre ses causes ?

 

Comment ne pas percevoir dans leur défiance l’écho de celle que nous éprouvons tous ? Sans les arrestations du 11 novembre, L’insurrection qui vient n’aurait peut-être jamais été aussi lu - en tout cas, pas collectivement, et sans doute pas dans une perspective si évidemment pratique - ; comme n’auraient peut-être jamais eu lieu toutes ces discussions, toutes ces actions, toutes ces rencontres.

 

Nous éprouvons la force et la joie qu’il y a à mettre en commun nos doutes et nos colères, et nous voyons des « bandes » se former que vos récentes lois n’arriveront pas à dissoudre. Nous voyons combien les arrestations qui, pour des motifs plus ou moins oiseux, se succèdent, relèvent du réflexe panique d’un pouvoir affolé. Aussi, elles ne nous dissuadent plus de grand-chose. D’autres personnes sont encore en prison pour des motifs similaires à ceux de Tarnac. Certaines y retournent, pour n’avoir pas scrupuleusement respecté l’interdiction qui leur était faite de se voir. Les contrôles judiciaires, la dispersion forcée de toutes les amitiés qui s’organisent, se multiplient. Vos prisons, et toutes celles que vous pourriez construire, ne suffiront jamais à enfermer tout ce qui sort de vos normes. Et où que nous soyons, les solidarités se tissent. Dans cette période de crise et de troubles, nous ne sommes qu’une voix dans le concert de celles et ceux qui ne s’accommoderont plus de rabibochages. Dans des pans entiers du territoire, dans des pans entiers du peuple, l’adhésion au système est en miettes. La désaffiliation devient un peu partout un chemin praticable. Et c’est tant mieux.

 

Rien ne nous console tant de ce que vous avez voulu infliger aux « neuf de Tarnac », que de constater que de toutes parts surgissent pour vous des menaces autrement plus nombreuses que ce que vous avez cru conjurer. Ce n’est plus de l’incompréhension que nous ressentons, à retracer le fil de cette affaire. Mais comprendre les logiques à l’œuvre n’apaise pas. Cela aiguise seulement la colère. Les inculpations doivent être levées, comme doivent être défaits les arsenaux antiterroristes, antibandes, antimasques, antirassemblements, qui visent à briser toute solidarité effective. Durant tout le mois de mai, dans chaque ville où ils se trouvent, les comités de soutien multiplieront les initiatives ; le 8 mai, se tiendront des réunions publiques afin que se pose partout la question de savoir ce que signifie réagir à hauteur de la situation qui nous est faite. Il n’y a pas neuf personnes à sauver, mais un ordre à faire tomber.

A la fin mars, près de trentes comités de soutien aux inculpés de Tarnac se sont retrouvé à Limoges pour discuter des suites à donner à leur action. Ce texte a été élaboré au cours de ces rencontres.




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RECIT DE L'ARRESTATION

Europe 1 :La garde à vue est prolongée de 48h

Témoignage de Benjamin épicier-terroriste sur Médiapart : Le petit Cirque Fragnoli cherche des figurants... LE_PTT_CIRQUE_FRAGNOLI.pdf

Ce soir à 18h, un rassemblement s'est tenu au métro Jourdain

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29 avril 2009

Opération de SDAT hier dans le 20è : une personne mise en garde à vue

lire sur Libé.fr

Lire et écouter sur Europe 1

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26 avril 2009

LONG ARTICLE D'EDWY PLENEL AUJOURD'HUI DANS MEDIAPART

« La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques, provoquées par certains attentats, savamment exploités par la réaction et qui ont toujours fait payer à la liberté les frais d'une sécurité menteuse. (...) Quand un régime promulgue sa loi des suspects, quand il dresse ses tables de proscription, quand il s'abaisse à chercher d'une main fébrile dans l'arsenal des vieilles législations les armes empoisonnées, les armes à deux tranchants de la peine forte et dure, c'est qu'il est atteint dans ses œuvres vives, c'est qu'il se débat contre un mal qui ne pardonne pas, c'est qu'il a perdu non seulement la confiance des peuples, mais toute confiance en soi-même. » Francis de Pressensé 1899

http://www.mediapart.fr/journal/france/250409/pourquoi-l-affaire-coupat-nous-concerne-tous

Edwy_Plenel.pdf

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23 avril 2009

PROCES EN SORCELLERIE

Lire sur Médiapart

article de :David_Dufresne.pdf

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21 avril 2009

MESAVENTURE SUR L'INN

Redon___le_Cyclope_pttJ'habite dans une vieille demeure campagnarde située tout près de l'Inn, le fleuve qui marque la frontière avec la Bavière. Au cours des premières années qui ont suivi la guerre mondiale - ma femme était partie en voyage pour quelques semaines -, je rendis visite à une amie sculpteur qui habitait une maison tout aussi isolée que la mienne, du côté bavarois. Elle m'offrit un crâne humain qui était depuis longtemps en sa possession et qu'elle avait trouvé un jour en remuant une fourmilière. D'après sa forme, c'était le crâne d'un vieil homme, le bord de la mâchoire supérieure - l'inférieure manquait - était complètement rongé , sans dents. Il avait une coloration singulière, brun foncé, et l'on pouvait en conclure qu'il avait dû rester bien plus de cent ans dans l'humus desséché. Qui peut savoir s'il était arrivé là par malheur, par jeu ou à la suite d'un crime? Quoi qu'il en soit, j'acceptai avec amusement ce cadeau qui me fut remis au moment des adieux dans un sac de toile, et je cheminai avec lui pendant quelques heures à travers la forêt de Neuburg. J'arrivai sur la rive de l'Inn dans un crépuscule sombre et automnal afin d'accéder, vers l'amont, au bac qui devait me conduire du côté autrichien. Marchant rapidement dans les dernières lueurs du jour, je m'aperçus avec colère qu'il ne restait plus que quelques minutes avant six heures, l'heure où le service de traversée prenait fin. Dans la pénombre, j'allongeai donc le pas autant que possible sur le sentier étroit et pierreux qui longeait la rive. mais n'atteignis le bac en trottant légèrement que peu après six heures. Le passeur n'était pourtant plus là. Il avait terminé sa journée et se trouvait dans l'auberge voisine.
Bon, autrefois, on n'y aurait pas regardé de si près et le passeur m'aurait fait traverser sans faire d'histoires mais, dans les premières années qui ont suivi la guerre mondiale, on avait fait passer, à la faveur des relations encore un peu confuses entre les deux pays, pas mal de choses interdites et de marchandises de contrebande d'une rive à l'autre de l'Inn. C'est pourquoi le passeur dépendait désormais du douanier qui restait toute la journée dans une petite guérite juste à côté du bac. Son service prenait également fin à six heures.
Dans la salle envahie par une fumée épaisse, je trouvai une compagnie bigarrée de bûcherons, d'hommes désoeuvrés ainsi que mon passeur. Il refusa sans autre forme de procès de me rendre service, à moins que Je douanier n'accorde son autorisation. C'est seulement à ce moment que j'identifiai le fonctionnaire dans la pièce enfumée, grâce à sa calotte verte. Avec toute la majesté que lui conféraient ses pouvoirs, il me demanda qui j'étais et ce que je voulais à une heure aussi tardive. Je me présentai, racontai que j'habitais sur l'autre rive depuis vingt ans et dis à quel point il m'était pénible de ne plus pouvoir rentrer chez moi cette nuit, de savoir que ma vieille servante se ferait du souci pour moi et finis par le supplier, parce qu'il n'était après tout qu'à peine six heures dix.
Cela me tracassait bien sûr de ne pas avoir le droit d'aller maintenant de l'autre côté du fleuve à cause d'une telle vétille et de l'imbécile bureaucratie alors que nos idées sur l'État, l'argent, les moeurs et autres valeurs étaient par ailleurs plutôt fragiles. Les clients étaient assis, fumaient en silence, et étaient, comme j'avais cru le remarquer, de mon côté. Seul le passeur restait neutre par devoir sous les yeux de l'autorité rigoureuse. Mais ce fâcheux homme vert joua les gros bras devant nous.
Une fois qu'il eut joui de la situation à satiété, je fus interrogé sur le contenu du sac que je tenais à la main. « Il y a une tête de mort dedans », dis-je. Le fonctionnaire n'eut pas l'air de me croire et continua à m'interroger. Je l'informai alors que j'étais un dessinateur pas totalement inconnu sur cette terre et que j'avais besoin du crâne pour dessiner d'après modèle. En disant cela, je le sortais du sac pour le présenter à cet homme scrupuleux, mais il ne voulut pas le toucher. Je le posai alors sur la table de l'auberge où il éveilla un grand intérêt parmi la compagnie éméchée qui se divisa sur-le-champ en opinions différentes sur la valeur et la fin de la vie humaine. Pour quelques-uns, la vie n'était qu'un tas d'immondices; pour un autre parti, proférer une telle idée était un grave péché. Une méchante querelle fut sur le point d'éclater et l'on fut à un cheveu d'utiliser le pauvre et docile crâne comme projectile et, ce faisant, de le briser. L'attitude du souverain de cette auberge changea alors tout à coup et il lâcha avec beaucoup de grâce: «Pour moi, vous pouvez bien traverser! »
Peut-être la vue du crâne ricanant l'avait-elle tiré de ses rêves de grandeur et lui avait-elle fait comprendre qu'il y a une certaine égalité entre nous tous, les humains.

Alfred Kubin, 1930

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18 avril 2009

CONTRIBUTION A LA GUERRE EN COURS - TIQQUN

Le livre sort le 23 avril aux éditions La Fabrique

Giorgio Agamben présentera Contributions à la guerre en cours de Tiqqun au Lavoir moderne parisien (35 rue Léon, 75018 Paris) le dimanche 19 avril 2009 à 18h30
Réservations au 01 42 52 09 14 ou sur le site du LMP

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